Projet AcTerre
Objet de l'étude
Ce projet a pour toile de fond la maîtrise des coulées boueuses dans les zones limoneuses du nord de la France. Tirant parti des recherches conduites sur l’érosion en Haute-Normandie depuis 1985, et plus récemment en Picardie et en Alsace, ce programme propose de réfléchir à la mise en relation de ces résultats et à la formalisation d’outils à destination des gestionnaires de territoires à dominante agricole. Ces outils se positionnent dans une optique de prévention visant à réduire l’aléa coulée boueuse à sa source sur le territoire agricole. On s’attachera particulièrement à mesurer l’impact sur l’aléa et sa maîtrise d’une modification forte de l’occupation du sol liée à des changements importants de la politique agricole commune. Les questions auxquelles on souhaite répondre dans ce projet sont les suivantes :
Volet 1 : Comment risquent d’évoluer les assolements des différents types d’exploitations agricoles des zones d’étude sous l’impact des modifications du contexte agricole, quelles conséquences doit-on en attendre sur l’évolution de l’aléa ruissellement ? Quelles solutions technico-économiques peut-on envisager à l’échelon des différents types d’exploitation pour la réduction de cet aléa ?
Volet 2 : Comment intégrer ces évolutions possibles d’assolement au niveau d’un petit bassin versant agricole pour caractériser les risques de ruissellement associés ? Comment combiner les outils techniques, économiques et sociologiques permettant d’aller vers des réductions concertées, efficaces et durables de limitation de l’aléa ruissellement ?
Volet 3. Comment évaluer à l’échelon de territoires régionaux l’impact environnemental et économique de différentes mesures de réduction du ruissellement érosif ? Quelles combinaisons de mesures assurer en fonction des hétérogénéités physiques et humaines intra régionales ?
Les décideurs publics (agence de l’eau, DDA, DIREN, conseil général et conseil régional) sont intégrés au programme par leur participation au comité de pilotage
Méthodes de travail
Notre projet de recherche se place dans une démarche prospective muti-échelle qui couvre du département de
Dans un deuxième temps on souhaite modéliser l’effet, sur le ruissellement agricole, des scénarios départementaux déclinés au niveau de petits bassins versants et d’exploitations agricoles. La modélisation sera conduite au niveau de 2 petits bassins versants schématiquement représentatifs de la diversité départementale. Un premier bassin versant proche de la côte comportera une forte proportion d’exploitations avec des cultures industrielles, alors que l’autre bassin versant plus proche de la vallée de Seine comporte une plus forte proportion d’exploitations d’élevage. La modélisation spatiale qui vise à rendre compte de l’évolution de la production de ruissellement à l’exutoire sera conduite grâce au modèle STREAM (Sealing and Transfer by Runoff) développé lors de programmes de recherche antérieurs. Ces deux premiers bassins versants seront traités dans le cadre d’une thèse.
La logique d’évaluation des scénarios au niveau bassin versant est couplée à une logique d’évaluation en fonction des types d’exploitations agricoles. Une première phase consistera à faire un inventaire de la diversité actuelle des fonctionnements d’exploitation et des conséquences de ces fonctionnements sur la production de ruissellement érosif. L’inventaire de la diversité des exploitations s’appuiera sur l’analyse de base de données, la compilation d’études antérieures, le recours à de l’expertise locale combinés à des enquêtes de terrain complémentaires. L’évaluation environnementale s’appuiera sur le modèle DIAR (Diagnostic Agronomique du Ruissellement) développé lors du projet Diget-Cob. A noter que parmi l’ensemble des exploitations agricoles, les exploitations d’élevage font l’objet d’une attention particulière. Ces exploitations présentent l’intérêt de pouvoir valoriser économiquement les surfaces en herbe qui jouent un rôle très important dans la réduction du ruissellement érosif. On cherche alors à tester la flexibilité de ces exploitations face aux différents scénarios envisagés et à anticiper des solutions techniques permettant le maintien des surfaces en herbe face à des scénarios potentiellement défavorables. On cherche aussi à prendre en compte les composantes économiques et sociologiques des décisions des agriculteurs.
Au-delà de la mise au point de nouvelles connaissances, le projet AcTerre vise à assurer une interaction forte avec les structures de conseil pour développer des outils et méthodes opératoires pour les conseillers. C’est dans ce cadre qu’un 3ème bassin versant est mobilisé afin de tester en grandeur nature la manière dont les outils de simulation (STREAM et DIAR) peuvent aider à répondre aux questions des conseillers de terrain qui se les approprient. Des réunions sont aussi organisées avec les agents de développement autour de l’outil DIAR afin d’en faire connaître le fonctionnement et intégrer en retour les évolutions souhaitées pour en améliorer la valeur d’usage. Des stratégies de rapprochement entre outils du développement (Diagnostic Erosion) et de la recherche (DIAR) sont aussi mises en œuvre pour une meilleure efficacité globale. Parallèlement, le groupe d’acquisition de références sur le ruissellement (INRA, chambres d’agriculture, AREAS, instituts techniques) continue l’acquisition de données de terrain permettant d’alimenter la base de référence de DIAR (effet des pratiques sur le ruissellement).
Les outils et méthodes développés par AcTerre ne se limitent pas au petit bassin versant agricole. On souhaite aussi développer des outils d’aide au pilotage des décisions publiques à l’échelle des syndicats de bassin versant qui regroupent de nombreux petits bassins versants agricoles. A cette fin nous souhaitons développer un tableau de bord selon la méthodologie proposée par Girardin et al. (2005)[1]. Ceci demande d’identifier les variables pertinentes, de définir des seuils pour traduire ces variables en indicateurs et de définir des modes d’agrégation pour passer de nombreux indicateurs de base à quelques indicateurs agrégés plus lisibles pour des décideurs politiques. Cette démarche implique notamment des investigations complémentaires dans le domaine économique. On vise dans ce projet une meilleure évaluation des coûts liés aux dégâts générés par le ruissellement érosif ainsi qu’à la lutte contre ces phénomènes. L’idée est aussi de tester la réelle accessibilité des informations nécessaires à l’alimentation du tableau de bord. Au niveau d’un syndicat de bassin versant, les zonages sont nécessaires pour spatialiser les diagnostics et structurer les programmes d’action. Ces zonages sont de plus en plus réalisés avec des modèles. Nous faisons l’hypothèse que la qualité des données liées au sol (échelle des cartes utilisées) et
[1] Girardin P., Guichard L., Bockstaller C., 2005. Indicateurs et tableaux de bord. Guide pratique pour l’évaluation environnementale. Tec et Doc ed. 40p
Avancement du projet
La démarche prospective départementale est presque terminée. Un groupe de travail composé d’experts régionaux a été constitué. Ce groupe a permis de définir le système étudié et de mettre en évidence les principaux processus impliqués dans l’évolution des assolements. Ces processus ont été à la base d’hypothèses qui ont été croisées entre elles. Le résultat de ces croisements a permis d’obtenir des groupes d’hypothèses fortement liées entre elles. Les microscénarios découlant de ces groupes d’hypothèses sont en cours de rédaction. Toutes ces étapes ont été validées par le comité d’experts. Les microscénarios seront eux-mêmes présentés aux experts et discutés avec eux le 26 novembre 2008.
L’évaluation locale des scénarios départementaux a été initiée sans attendre la formulation des scénarios. Deux bassins versants ont été choisis. Le bassin de
L’analyse départementale de la diversité des exploitations agricoles a consisté (au-delà de l’inventaire des exploitations présentes sur les deux bassins d’étude) à faire un premier recensement des études antérieures et à acquérir les données des registres parcellaires graphiques (issus des déclarations PAC) au niveau du département de
Concernant les outils et méthodes, une session de formation à DIAR a pu être organisée pour une dizaine de conseillers en mai 2008. Les remarques des participants ont conduit à modifier le Diagnostic érosion (feuille Excel®) de la chambre d’agriculture pour permettre l’importation directe sous DIAR des données communes aux deux outils. Ceci réduit fortement les temps de saisie quand on passe du Diagnostic érosion à DIAR. Différents essais « ruissellement » ont pu être mis en place par l’INRA et la chambre d’agriculture de Seine-Maritime. Les résultats, en cours de traitement grâce à l’outil TDR (Traitement des données de ruissellement), développé pour RDT2, devraient permettre d’alimenter la base de référence de DIAR, notamment en ce qui concerne les systèmes de culture sans labour jusqu’alors absents de nos références. Le bassin versant de Claville-Motteville devait servir à la mise en œuvre d’une réflexion autour des assolements concertés animée par la chambre d’agriculture. Malheureusement, la très faible disponibilité des agriculteurs, liée à des conditions très pluvieuses, n’a pas permis d’organiser les réunions de concertation prévues au printemps 2008. La chambre d’agriculture a toutefois fait évoluer ses outils en faisant l’acquisition d’un module 3D Analyst pour Arcview® utilisable avec le modèle STREAM à la fois pour générer des couches d’entrée du modèle (MNT) de meilleure qualité et pour effectuer des restitutions plus visuelles pour les agriculteurs.
Au niveau des syndicats de bassin versant, nous avons pu tester l’intérêt d’indicateurs techniques de choix d’aménagements. Cette approche a notamment été mise en œuvre pour évaluer l’efficacité des aménagements et
En ce qui concerne la qualité des zonages effectués avec les modèles et la légitimité des programmes d’action qui en résultent, une première étude menée en Alsace sur deux bassins versants avec le modèle LISEM a mis en évidence que lorsque les sols étaient très hétérogènes (Ergesheim), les données sol issues de cartes au 1/100 000 étaient source d’erreurs importantes. En revanche, pour des bassins avec des sols plus homogènes tels que Stetten-Brinckheim, mais aussi la majeure partie de
• Premiers acquis en termes de modes de coordination et de programmation (comité de pilotage, coordination avec les partenaires institutionnels locaux…)
Partant de l’expérience du projet RDT1 Diget-Cob, nous avons mis en place dès le départ un comité de pilotage constitué de représentants de l’agence de l’eau, de